EPISODE N° 3 : Un café, un croissant

Vient le jour où l’on finit ses études et on commence « la vraie vie ».

Le plus frappant ce sont les horaires. Je vous prie de croire que le réveil à 6h (du matin évidemment !), on apprend vite à le haïr.  Sauf…

Avant de m’illustrer sur les plus magnifiques chantiers du Monde de la France, j’ai d’abord sévi sur des opérations dont l’envergure médiatique avoisine celle du poussin colibri (j’ai la flemme d’aller voir si poussin ne s’applique qu’à la poule ou à toutes variétés d’oiseaux, mais au moins je suis sûr que vous comprendrez que cette envergure (celle du chantier dont je ne vais pas tarder à vous raconter l’histoire, suivez un peu) est insignifiante tout comme celle de Pline le jeune dans les œuvres de Joey Starr (quoique avec les rappeurs il faut s’attendre à tout)). (Vous pouvez compter les parenthèses ouvertes et fermées si ça vous amuse, c’est pas moins idiot que de jouer au Sudoku et ça occupe tout autant).

Pfff, alors j’en suis où ?

Ah oui, ce chantier était dans une ville par loin de Paris dont je tairai le nom car certaines personnes pouvant se reconnaître cela m’évitera un procès lorsque je publierai à 100.000 exemplaires. En tous cas c’est une superbe ville de banlieue, entre un aéroport et le périphérique où la seule distraction est de compter les casses auto qui bordent la nationale 7. Je peux vous dire que si Trenet m’avait accompagné un matin ou deux pour aller sur le chantier, il l’aurait ravalée sa chanson, car il n’y a rien de magique sur cette nationale… (Qui d’ailleurs est désormais une départementale depuis que l’état a cédé leur entretien aux départements…) Heureusement que Trenet est mort parce que

« Nationale Sept  Il faut la prendre, qu´on aille à Rome, à Sète  Que l´on soit deux, trois, quatre, cinq, six ou sept  C´est une route qui fait recette »

Ça ne marche pas avec « Départementale Sept » ça fait un pied de trop.

Je sens que cette histoire m’inspire profondément, je divague, je divague.

En tous cas, ce qui faisait recette chez moi à ce moment du chantier, c’était un profond ennui que je devais tout autant à ce chantier passionnant, qu’à une rupture (c’est comme les parenthèses j’arrête de les compter au-delà de 10) récente qui me laissait quelque peu désarçonné.

Je vous narre le chantier quand même, un bâtiment à l’intérieur de la cour d’un collège, en parpaing apparent structuré. Il abritait quelques ateliers pour des CAP Pro et pesait bien 10 millions de francs. (Nouveaux les francs, il ne faut pas exagérer mon âge tout de même). Une petite merveille pour moi qui ai toujours adoré jouer au légo parce que vraiment j’avais l’impression de construire une maison de poupée, « et que si après t’as bien travaillé t’en fait un vrai… »

Bon, donc rien de bien sérieux à me mettre sous la dent ou sous les neurones (et je ne pouvais pas regarder MOTUS ou les chiffres et les lettres y avait pas la télé), sauf, sauf deux femmes qui égayaient hebdomadairement ma vie. Hebdomadairement puisqu’il s’agissait d’une sous-traitante et de la directrice du collège que je voyais à chaque réunion de chantier.

Je vous raconte d’abord celle de la Directrice ; celle de la sous-traitante est encore plus croustillante, je vous la réserve pour plus tard.

Cette chère Directrice, vivait seule et son appartement de fonction était au collège. Vous devinez la suite ?

Atteeenndez, c’est pas fini, et je vous interdit d’aller lire la fin du texte tout de suite pour savoir comment ça se termine… Non mais bande de curieux.

C’était une belle femme, distinguée, apprêtée, visiblement seule et probablement divorcée.

Juste un détail, elle devait avoir le double de mon âge, mais Bigard n’avait pas encore inventé les cougars (je vous invite aller écouter le sketch de Christophe GUYBET sur le sujet) et je ne savais pas où je mettais les pieds… enfin les pieds…

Je sens bien que vous trépignez.

Voilà t’y pas que cette chère directrice me demande si,

  • « tant qu’on est là avec des ouvriers, on pourrait pas faire quelques travaux dans la cantine », alors je lui dit que
  • « oui », alors elle me dit que
  • « c’est super, et que quand on peut commencer ?, et quelle couleur on pourrait mettre et tant qu’on y est si on peut pas changer le plastique au sol et quelques broutilles annexes et évidemment tout ça pendant les vacances pour que ça soit tout beau tout joli pour la rentrée pour qu’elle puisse faire la surprise à ses élèves…

Ce qui était tout beau, tout joli, c’était surtout son regard et accessoirement son décolleté.

Alors, il lui dit que

  • « oui, mais que ça fait beaucoup de boulot et qu’il faudra qu’on vienne le samedi et qu’on risque de la déranger… »
  • « Ah mais ce n’est pas graaaave du tout, je me lève tôt et puis pour me faire pardonner de vous faire travailler le samedi, je vous invite à prendre un café… »

Voix off

  • « Là mon gars, si tu ne conclues pas c’est vraiment que tu es diablement empoté… »

Voix in

  • « Ah mais oui, excellente idée, j’adooore les croissants et je prends mon café sans sucre, surtout quand j’ai fait du sport… (rayez la mention inutile) ».

Il se passe une semaine ou deux, le temps que je commande les matériaux et que je me consacre à l’autre entité féminine de cette histoire.

Je me pointe donc un beau samedi matin de Juillet, par un temps sublime. Juste ce qu’il faut de douceur pour savoir que la journée sera belle, avec d’autant plus d’optimisme que tu as la certitude que la matinée va être, comment dirais-je ? Croustillante pour illustrer les croissants huileux que je venais d’acheter.

Mais bon, ne précipitons rien, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours, il se pouvait très bien que cette femme à l’allure torride ne me veuille rien d’autre que partager des croissants, éblouie par mon intelligence et mon avis sur Pinochet ou la qualité des harmoniques du dernier Michèle Torr ? Ou tout simplement qu’elle ait eu pitié de moi pensant que je ne mangeais pas à ma faim (à l’époque j’étais mince, mais ça… c’était avant).

Bon… je sens que le suspense est insoutenable, vous vous mordez les lèvres pour ne pas hurler « MAIS VAS Y RACONTE LA TON HISTOIRE…. »

Ok, faut pas s’énerver, j’y vais…

J’arrive, je me gare, je vais saluer les quelques ouvriers amorphes qui venaient quémander quelques ordres pour égayer leur journée et donner un sens à leur labeur, au demeurant fastidieux et inintéressant, d’autant qu’eux n’allaient pas voir la Directrice pour un petit café croissant… nananère…

Ces trouble-fêtes écartés grâce à quelques ordres judicieusement donnés « T’as qu’à poser ça là… » « Ben non ça va gêner pour les tuyaux, j’aurais préféré le poser là-bas… (Je ne sais pas faire l’accent portugais à l’écrit (à l’oral je le fais très mal aussi d’ailleurs)) » « Ben si tu sais, pourquoi tu me demandes alors ?… c’est juste pour me ralentir dans ma course éperdue vers le bonheur et le stupre ? Ou alors vous êtes de mèche ? Elle t’a demandé de me ralentir pour avoir le temps de se préparer ou de laisser le désir monter en moi… »

Comme je sens votre impatience monter en lisant ces lignes totalement inintéressantes sans autre objectif que de prolonger l’instant fatidique où je vous livrerai la chute de cette histoire et que je devrai, dès lors, vous abandonner à la lecture de Pif Gadget ou Télérama…

Voilà… il est 8h00, je sonne… je sonne… euh… pas un bruit…

Et là, l’instant absolument terrifiant pour un timide, j’ai déjà appuyé deux fois sur la sonnette mais n’ai rien entendu. Ai-je mal appuyé ? Pas assez longtemps ? Trop doucement ? De travers ? Je n’échapperai pas à l’obligation de sonner une troisième fois… c’est l’horreur, elle va me trouver impatient, malpoli, maladroit ? Non je n’appuierai pas, ben si il va bien falloir, non, si, non…

Et là, tout comme vous avez l’esprit ailleurs, je suis surpris par la porte qui s’ouvre sur ma magnifique Directrice, oui, au fur et à mesure de l’histoire je la trouve de plus en plus belle.

Elle rayonne, en peignoir, au ¾ endormie, échevelée comme une lionne, et quand elle me voit… elle sourit… si si je vous jure, au lieu de me claquer la porte au nez parce que tôt chez un fonctionnaire ça ne veut pas dire 8h00, elle me sourit et, comme dans les films, glissant une main sur le revers de son peignoir pour s’assurer qu’il est bien fermé (il n’y a que les femmes pour le faire avec autant de naturel et d’érotisme retenu (en même temps quand c’est Michel Serrault qui le fait cela m’a toujours fait moins d’effet)). Elle m’invite à entrer et me demande, « alors café, c’est ça ? Noir, n’est-ce-pas ? Je reviens, installez-vous… »

L’avantage des Nespresso, c’est que le café est plus rapide à faire que les électriques goutte à goutte.

Elle revient, un arôme de café frais l’accompagne, et la promesse de moments inoubliables.

Elle s’assit en face de moi et telle une Sharon Stone de banlieue, croise délicatement les jambes, qu’elle a très belles d’ailleurs.

Hmblblblblb, dis-je avec tout le sang-froid possible en cet instant.

  • « Vous voulez un croissant ? », me dit-elle en se penchant pour se saisir de la poche graisseuse que j’avais amené telle un bouquet.

Et là, à ce moment précis, je sens une présence juste à côté de moi. Je me tourne pensant voir un chat roder, tellement l’arrivée était feutrée et furtive.

Dans l’entrebâillement de la porte, se tenait sa fillette de 5 ou 6 ans, tenant son doudou d’une main et son pouce dans la bouche, nue comme un ver, sortant du lit.

  • « C’est qui maman ? »
  • « Rien, ma chérie, c’est le monsieur qui fait les travaux, va mettre ta robe de chambre et viens manger un croissant avec nous»

Autant vous dire, que j’ai mangé mon croissant, avalé mon café et pris congés sans autre formalité.

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