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EPISODE N° 34 – J’adooore les réunions

episode 34Si je compte bien, j’ai au bas mot passé plus de 25 x (52-5) x 10* = 11 750 heures en réunion diverses et avariées ! J’vous l’arrondis à 10 000 pour tenir compte des quelques arrêts maladies et RTT en tous genres.

Paris pekin BingA 4 km/h ça fait 40 000 km soit le tour de la terre en marchant tranquillement ! (Vous me direz que faire le tour de la terre en marchant à pied par l’équateur (ne cherchez pas la contrepèterie) n’est pas donné à tout le monde, mais quand même que ça en impose !))C’est malin ! Maintenant que vous m’avez mis cette idée de contrepèterie en tête il faut que j’aille vérifier la distance Paris-Pékin… 10.000 km tout rond, en voiture, d’après Bing (à Pied il refuse de calculer ce feignant) et 9.786 km d’après Google qu’aucune ineptie n’arrête (remarquez qu’il nous prévient qu’il y a peut-être des frontières à traverser, ouf ! Merci Google).

2 allers et retours Paris-Pékin, sur les traces de Marco Polo… Paris Pekin Google.

Et au lieu de ça, qu’est-ce que j’ai fait pendant ces réunions ?

Et si je le calculait ?

Au moins 5.000 h à parler. Oui, je suis très bavard. A qui ? Bonne question ! Beaucoup à mes voisins, (surtout si c’étaient des voisines), pas mal au gars qui est censé diriger la réunion, de temps en temps au type en face de moi, sans aucune considération pour les quatre autres conversations qui ont lieu en même temps, et de plus en plus, l’âge venant, aux collègues que j’ai convoqués (pardon invités) à venir m’écouter parler !!!

De temps en temps au téléphone au milieu du brouhaha général : « J’te rappelle, j’suis en réunion là,…, mais oui j’y ai pensé,…, mais oui si j’tel’dit,…, meuuhnooon j’s’rai à l’heure ce soir, ça sera super,…, moi aussi j’t’embrasse,…, mais raccroche j’peux pas là,…, QUOI ?! T’as oublié ta culotte à la maison ?! »

Pile au moment où un silence monacal s’est abattu et toutes les têtes se tournent vers moi, mi-moqueuses, mi-choquées, mi-ben-avec-ça-s’il-est-pas-viré.

« Et toi ? Lyrkhan ? T’en penses quoi ? »

« Mbblblbl, ben, c’est-à-dire… »

2.500 heures à prendre des notes. Enfin, pour être plus précis à faire la liste des trucs que j’aurai à faire dès que la réunion sera finie. Souvent en rapport avec la réunion elle-même mais la plupart du temps des trucs qui n’ont rien à voir. Avec un bout du cerveau, j’écoute le pauvre animateur qui essaie de nous intéresser à son problème majeur du moment, comme « comment passer le bug de l’an 2000 sans problème ? » ou « comment passer des Francs à l’Euros ? (4 heures de réunion pour expliquer qu’il faut diviser par 6,55957, un record !). Et un autre bout du cerveau vagabonde, happé par des problématiques autrement plus cruciales.

« Mais quel con ! J’avais oublié pour ce soir ! Comment j’vais m’débrouiller pour passer chez le fleuriste avant qu’il ne ferme ? Et la culotte ? Je n’aurai jamais le temps de passer à la maison la récupérer ! Ah mais si, si je passe par la N876, il y a tout ce qu’il faut sur la route ! »

Et hop, j’attrape le crayon (en général celui de ma voisine, parce que j’oublie toujours de prendre un stylo (ou si j’en ai un, forcément il ne marche pas)) et trace un énorme point d’exclamation sur le premier post-it venu (souvenez-vous qu’il y a toujours des Post-it chez nous**)

« Alors ? Une idée pour passer le Bug ?… Alors là j’ai un post-it : « ! Appeler Fleuriste ET acheter Culotte ! » Mouiii ? C’est intéressant. L’auteur peut m’expliquer ? »

« Mbblblbl, ben, c’est-à-dire… »

1.500 heures à dessiner. Ne vous méprenez pas, pour la plupart ce sont des dessins très utiles. Des croquis de détails de construction, de explications de « pourquoi c’est plus cher si on fait comme vous dites, plutôt que comme j’ai envie d’faire ? », des « mais tu comprends pas ? Attends je t’explique avec un dessin ça ira mieux… ». Certes, j’ai toujours perdu à Pictionnary, ce qui n’enlève rien au fait que présenté comme ça, jamais personne n’ose me rétorquer « ben non j’comprends pas mieux ».

Le plus fort, c’est quand, trois mois plus tard, il s’avère qu’effectivement le gars n’avait rien compris et a foiré le biniou, je peux exhumer mon gribouillis et dire : « Mais pourtant c’était clair non ? ». Encore plus fort, je vous conseille de le tenter une fois, c’est de chercher le plus sérieusement du monde le fameux croquis, qui n’a en fait jamais existé, ou, n’a rien à voir, et après quelques secondes de recherche, claironner, « ah, mais oui, il est dans mon autre cahier, mais vous vous en souvenez ? ». Et en général, tout le monde s’en souvient très très bien !!!

Je passerai sous silence la part non-négligeable de dessins parfaitement inutiles, remplissages géométrico-oniriques visant essentiellement à me vider la tête pour que le temps passe plus vite, et accessoirement à évacuer un léger stress quand un troisième bout du cerveau s’inquiète de sujets professionnellement futiles mais personnellement critiques (c’est ce que l’on doit appeler l’équilibre vie-pro/vie-perso non ?).

Là encore, le manque de préparation du matériel de base pour aborder convenablement une réunion, à savoir un cahier et un crayon (je vous rappelle : pas besoin de post-it**), peut s’avérer rocambolesque. La nouvelle mode des cahiers moleskine faisant que je n’ose plus demander de piquer une feuille à mon voisin après lui avoir déjà emprunté son stylo. (avec un délai de restitution proche du délai de remboursement de la dette grecque (ou de l’emprunt russe suivant votre âge et vos accointances politiques)).  Alors je me rabats sur le tas de feuille au milieu de la table et je commence mes circonvolutions (pas facile pour un dyslexique celui-là) inspirées de la préoccupation de l’instant.

« Alors, je vous ai organisé une nouvelle méthode de réflexion. Chacun prend une feuille et dessine le prototype de notre nouvelle invention sans aucune restriction ni financière, ni technique (Prenez des notes au passage pour animer vos prochains brainstorming, c’est une méthode très efficace, un croisement de la lettre au père Noël et de la méthode Disney agrémentée d’une touche de pollinisation !). Une fois dessinée, vous remettez votre feuille au centre, face cachée. Quand tout le monde a fini, vous en tirez une au hasard et vous devez compléter le dessin avec des idées supplémentaires. Allez GO premier tour de 5 minutes »

« Euh m’sieur, y en a un qui a dessiné une fille en maillot de bain, j’vois pas le rapport avec la mini pompe à béton, comment j’fais… »

« Mbblblbl, ben, c’est-à-dire… »

750 heures à justifier ma présence (et au passage mon salaire) par de brillantes interventions souvent ovationnées par la foule en délire !!! Allez, soyons modeste, mais il m’arrive de dire des choses censées et opportunes. Comme vous pourrez le calculer, moins de 10% du temps, mais, dans ces moments là chaque seconde vaut de l’or. Je pense, sans vanité excessive, que j’ai largement remboursé mes heures de dessins par l’argent que j’ai fait gagner à l’entreprise à ces occasions.

Cela me rappelle cette anecdote concernant Picasso, je crois. Alors, qu’il proposait à un restaurateur de lui payer son repas et celui de ses nombreux amis qui l’accompagnaient en lui signant un dessin qu’il avait griffonné sur la nappe en papier, le restaurateur rechignait, arguant, que ce repas coutait une fortune. Ce à quoi Picasso répondit qu’avec ce dessin signé et authentifié il serait largement remboursé. Peu convaincu, le restaurateur renchérit en expliquant qu’il avait mis beaucoup de temps et d’énergie à le préparer et qu’il était injuste qu’en quelques coups de crayon qui lui avaient pris cinq minutes, il compte acheter son labeur (au prix d’un Picasso, c’est son resto qu’il aurait pu s’acheter d’ailleurs). Picasso, regarde l’homme et lui dit très sérieusement, mais monsieur, ce que je vous donne, ce ne sont pas que ces cinq minutes, mais c’est une vie plus cinq minutes.

Je ne me prends pas pour Picasso (quoi que si un restaurateur veut bien se contenter d’un de mes gribouillis signé en guise de chèque, qu’il n’hésite pas à se manifester…), mais j’aime beaucoup cette idée de la force de l’expérience qui permet d’agir sans effort visible. Qui charrie plus d’eau ? Le jeune torrent tumultueux ou le fleuve puissant à l’apparence paisible ? Bon parfois, le fleuve finit sa course en delta boueux et marécageux infesté de moustiques, elle n’est pas si terrible que ça mon image !

Mais reprenons le court du récit…

Pendant ces heures prolifiques, il n’est pas question que je décroche pour ma fille qui veut s’assurer que j’ai pas oublié son gala de natation synchro le soir même, et que j’ai bien pensé à prendre le bouquet pour la chorégraphe et qu’elle vient de se rendre compte qu’elle a oublié de prendre une culotte de rechange en partant.

Non mais, what did you expect ?

Voilà, c’est fini !!!

Comment ça, non ?

Il manque 250 heures ?

Voyons voir ça !

Mblblblbl j’pose 10 et je retiens rien… Ah oui !!! Ben qu’est ce que j’ai bien pu faire pendant tout ce temps ? 250 heures c’est pas rien tout de même !

Me rappelle pas, étrange…

Ah mais oui !!! Bien sûr, suis-je bête ! Je dormais !!!


* – 25 ans x (52 semaines – 5 semaines de congés payés) x 10 heures par semaines en moyenne

** – Voir EPISODE N° 19 : Créativ’session

Catégories :BTP Métier

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Lyrkhan

Je m’appelle..., et puis quoi encore... (l’anonymat dans certaines situations est vital) et je suis ingénieur dans le BTP.

Depuis 1988 je travaille dans le Bâtiment, formé à l’ESTP (Ecole Spéciale des Travaux Publics) où je me suis plus illustré au Journal interne et aux aventures Théâtrales, qu' en assistant aux passionnants amphithéâtres de RDM*. J’y ai cependant appris à aimer le travail d’équipe et le plaisir de réussir des projets.

J’ai, majoritairement passé ma carrière à rénover des Bâtiments Parisiens et cette passion du « construire ensemble » m’a toujours guidée au cours de mes nombreux chantiers.

Et si je parle de passion, c’est qu’il en faut une certaine dose pour apprécier de faire ce métier chronophage, protéiforme et viril, où l’on s’appelle plus souvent « ma couille » (il faudra vous y faire) que « cher ami », surtout si l'on préfère l’univers de Boris Vian et Pierre Desproges à la lecture assidue du BAEL** ou des DTU***.

Malgré ce décalage, je n’ai jamais perdu cette passion du métier, parce que les aventures humaines sont finalement toujours plus importantes que les calculs aux éléments finis, parce qu’un con debout va toujours plus loin que deux ingénieurs assis (ah je vous avais prévenu) et enfin parce que bien que souvent suspecté d’être un atypique « qui n’aime pas les cases », j’ai apporté ma pierre à ces aventures pour mon grand plaisir et pour la réussite des projets.

Aujourd’hui, je suis passé de suspect qui se cache à coupable qui l’assume, voire le revendique.

L’aventure est dans le partage, alors je vous présente, à travers des témoignages, des observations et des critiques : un rapport d’étonnement de… presque 30 ans.

il était temps que je l’écrive.

(*) RDM : Résistance des Matériaux : Tous les matériaux ne résistent pas de la même manière. Belle évidence non ? Eh bien, il faut croire que cela ne suffit pas, puisque des ingénieurs en ont fait une science qui permet de calculer si un pont tient mieux avec du métal qu'avec des élastiques.

(**) BAEL : Béton armé à l’Etat Limite : Méthode de calcul du béton armé dont je serai totalement incapable de vous préciser le début du commencement du préliminaire et franchement je n’ai pas honte.

(***) DTU : Documents Techniques Unifiés : Titanesque recueil de méthodes de construction qui regroupe tout le savoir-faire du BTP. « La bible » comme disent certains, et comme toute bible, il y a les ultra-conservateur qui s’y réfèrent oblitérant toute tentative d’interprétation aussi mineure soit-elle. Toute relation avec des événements récents est totalement assumée.

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