EPISODE N° 18 – On devrait interdire le tennis après le rhum !

LyrkhanVoilà un titre qui se suffit à lui-même !

Inutile de faire un dessin, on visualise parfaitement la scène du pauvre gars, forcé à frapper dans une balle, alors que dans le même temps, et évidemment pas au même rythme, son cerveau est frappé par une bulle de vapeurs de rhum, réminiscence d’une association d’abus et de privation. Abus de rhum et privation de sommeil bien entendu.

Et pourquoi une telle torture ?

Simplement, renvoyer une balle innocente de l’autre côté du filet en visant à l’intérieur des lignes et, à son plus grand désarroi : « mais quelle ligne ? Il y en a partout des lignes, et s’il y a un terrain avec un grillage c’est bien pour pouvoir jouer partout non ? Et si ça me plait de désobéir, Hein ?, Je fais ce que je veux !!! ».

Souvent, quand le physique trahit le sportif, la mauvaise foi permet des arrangements avec la vérité. « Il pleuvait… Le terrain était en mauvais état… »

Tiens, je voudrais m’y arrêter sur celle-là :

« LE terrain était en mauvais état.» Je la trouve fabuleuse.

Argument ultime et inutile brandit par une grosse écurie du foot (par exemple celle sponsorisée par un pays aux pétrodollars haït des journalistes et adoré des amateurs de scrabble !? (Oui, ‘Qatari’ fait partie des rares mots où tu peux caser ton Q8 sans le U1)), qui perd contre ‘un petit poucet’ (traduisez une équipe à petit budget que l’on tolère dans la compétition pour que les grands puissent s’amuser).

L’entraîneur de la grosse équipe explique le plus sérieusement du monde que son équipe a perdu parce que le terrain était en mauvais état !!! Bien sûr, les deux étaient sur le même terrain, sauf que… ! Sauf que quand tu gagnes 1 million par mois, jouer dans un champ, nuit à l’expression de ton talent et modifie tes sensations footballistiques au point de te rabaisser au niveau du petit poucet, voire d’expliquer pourquoi tu as perdu !!! Est-ce que Leonardo aurait été Vinci s’il avait dû dessiner avec des feutres LIDL® ? Pas certain !!!

Ceci dit, je peux comprendre. Je ne savoure plus mes cuites de la même façon, maintenant que je peux me les payer aux grands crus de Bordeaux plutôt qu’à la Villageoise Margnat.

En parlant de cuites et de leurs conséquences, (vous aurez noté, j’espère, l’enchaînement subtil et le rétablissement stylé pour revenir au sujet de base.). J’en ai quelques-unes croustillantes à vous narrer… Parce qu’évidemment le cliché du BTP, où tout le monde picole pour se donner du courage, est aussi efficace que celui du cyclisme avec le dopage, du mannequinat avec la coke ou des suisses avec le chocolat :

« Ben oui, vous comprenez, ma chère, c’est tellement difficile qu’il faut bien qu’il prenne quelque chose pour tenir. Sinon, c’est pas humain… »

Mais c’qu’est pas humain, c’est d’être aussi con !!! Alors j’vais pas m’énerver comme avec Homère et les Plaies d’Egypte*, mais avouez tout de même qu’il y a de quoi !!!

Ah, j’vous entends d’ici :

« Oui, quand même, avoue, que, avec tout c’qu’on voit et tout c’qu’on entend, il y a bien de quoi se poser des questions et on entend quand même plus parler de drogue chez les mannequins que chez les dresseurs d’ours. »

Ah j‘l’attendais celle-là :

« Il n’y a pas de fumée sans feu, et s’ils le disent dans les journaux, c’est qu’c’est vrai… »

STOP, ça suffit !!!

Le jour où les dresseurs d’ours feront du 90C et gagneront des millions en l’exposant dans les journaux, je suis sûr que, par un incroyable mystère, la coke entrera dans le milieu du cirque.

Et pas parce qu’ils auront les moyens de s’en payer plutôt que de se shooter à l’adrénaline (qui est encore gratuite profitez-en, cela pourrait ne pas durer). Non, simplement parce que tous les regards seront tournés vers eux, et chaque cas sera monté en épingle par des journalistes assoiffés de faits divers, et au bout du compte, on n’en retiendra que « Ah, ces dresseurs d’ours… tous des drogués… ».

Vous voulez une autre preuve ? On va faire un jeu : Dites-moi combien j’ai de doigts ? Ben si, essayez de deviner ! Vous êtes derrière votre écran, je sais que vous ne pouvez pas me voir, mais faites un effort d’imagination, essayer de deviner combien j’ai de doigts ! Ca y est ?

Bravo !!! J’en ai 10 !!! Oui, comme tout le monde ou presque, écrire des âneries ne me confère aucune « anormalité », je représente un échantillon « normal » de la population (Hollande sort de ce Corps). Le rapport avec ce qui précède ? Eh bien, je vais vous le dire. Les mannequins (j’entends par là, l’ensemble des hommes et femmes qui exercent ce métier) forment un échantillon représentatif de la population et, qu’à ce titre, il y a autant de cons, d’amateurs de musique classique, de joueurs de trombone à coulisse (il n’y a pas de mannequin joueur de trombone ? Mais qu’est-ce que vous en savez ? Vous les connaissez toutes et tous ? Et leur hobby ?). Il y a donc, en proportion, autant de drogués chez les mannequins que dans toute catégorie socio-professionnelle. La seule différence, c’est qu’ils préfèrent la coke, tout comme je préfère le Château Margaux aux vins de la Communauté Européenne, et quand Crystallia Ervinkiskya (cherchez pas elle n’existe pas, je viens de l’inventer) se poudre le nez, cela fait la une de Match alors que quand Chloé Chavignou meure au fond de la salle du bar tabac de la rue des martyrs, cela n’intéresse que Pigalle Vidéo… !!!

Revenons à nos moutons !!! (Vous aurez remarqué comme je m’assagis,… me suis bien moins énervé que la dernière fois…), ou plutôt, revenons à nos bitures.

La première dont je me souvienne en milieu professionnel, était lors d’une journée parrainage à l’ESTP, organisée par des entreprises du BTP. Nous avions visité les chantiers des JO d’Albertville et fait pas mal de car sur des routes sinueuses qui m’avaient fait tourner le cœur presqu’autant que cette magnifique RH d’une des entreprises accompagnatrices. Arrivés à l’hôtel, (Le groupe évidemment pas juste la RH et moi) il y a eu apéro, échanges intéressants (ce coup-ci avec la RH) autour de kirs bien dosés, puis fondue savoyarde ! Elle était très chargée en vin blanc (la fondue, pas la RH) et j’avais déjà ce coup de fourchette qui a fait ma réputation jusqu’à l’ouest d’El Paso.

Après le diner, passage par les chambres avant retour aux Salons de l’hôtel. Au moment de quitter la table, elle m’avait demandé en me regardant droit dans les yeux :

« J’espère que vous viendrez ! »

« Bien sûr, beauté sauvage, je reviendrai te séduire en te faisant danser et puis rire, jusqu’à ce que tu succombes à mon charme et oublie dans mes bras toute bienséance »…

…qui s’est transformé en :

« mblmblll… oui »

Arrivé dans la chambre, une surcharge de sensations m’assaillie : Les virages, le kir, le vin blanc, la fondue, les virages, le kir, le vin blanc, la fondue, les virages, … tout a commencé à tourner très vite, beaucoup trop vite pour que je maîtrise quoi que ce soit… Viiiite ! La salle de bains ! Je vous fais grâce des détails, mais au final je me suis chopé une gueule de bois instantanée qui m’a interdit de faire le moindre pas hors de la chambre, voire hors du lit !

Et le lendemain matin :

« Mais on ne vous a pas vu hier soir ? »

« mblmblll…non »…

C’est la richesse de ma conversation qui fait tout mon charme…

Encore ?

Je passe sous silence, les innombrables occasions de prendre un coup qui se transforment en deux puis trois puis trop pour que l’on puisse encore compter. Naissance du petit dernier, anniversaire, mariage, les particulières au BTP : Première pierre**, Gigot bitume***, Drapeau**** et de plus folkloriques encore que la bienséance m’interdit de dévoiler, mais croyez-moi, toutes les occasions sont bonnes.

Ou « étaient » d’ailleurs parce qu’il faut bien avouer que les choses se perdent. Vieux c.. me direz-vous ? Je ne pense pas, c’est un changement de génération, qui ne considère plus que de participer aux beuveries de sa hiérarchie par simple convention socio-professionnelle archaïque soit nécessaire à son avancement. Boire oui, mais du bout des lèvres en présence de son patron, et beaucoup plus copieusement entre potes-collègues au bar à côté du chantier.

C’est qu’ils ont flairé le piège les loulous… Ce fameux, «v’nez boire un coup les gamins !», hurlé par un chefaillon en pull jacquard sur l’coup de 18h sonnant le glas de notre légitime envie de rentrer chez soi faire des câlins à ses enfants, sa femme et son chat (je vous laisse remettre cela dans l’ordre que vous préférez), cache simultanément, un besoin de « faire un point » déguisé en « moment de partage convivial » et le refus de rentrer retrouver ses ados gothiques, bobonne embigoudée et le chien paralysé, et là il n’y a pas de préséance, tout vous tombe dessus en vrac !!!)

Alors, ils ne sont pas cons ces jeunes, mieux vaut fuir, et vite, plutôt que suivre cette pente douce vers l’infamie !

Allez, une dernière pour la route…

Une qui illustre bien la difficulté d’associer toute activité normale à la gueule de bois : Siège de la SNCF, je vous en parlé, le chantier avec le bug de l’an 2000*****. Chantier fini et plus que quelques réserves à lever (une paille, dans les 10.000, pas de quoi fouetter un chat non plus). Equipe restreinte, qui comptait bien profiter de ce moment de répit pour souffler un peu après le sprint final de la livraison. Et, pour profiter pleinement, on pouvait compter sur les invitations de nos entreprises partenaires à déjeuner.

Ce jour-là, un vendredi, nous étions avec une entreprise partenaire, mon chef préféré, ce chef d’entreprise et moi. A la fin du repas, normalement arrosé, nous avons entamé une discussion hautement philosophique sur « le pourquoi du comment de c’qui faut faire et c’est normal si on fait rien oui mais c’est délicat tournant autour du conflit israélo-palestinien ». Un condensé de brèves de comptoirs qui nous donnait particulièrement soif après quelques cafés.

« Patron, un digestif… »

« Bien sûr, j’arrive, voilà trois verres »

« Non, laissez-nous la bouteille, on voudrait pas vous déranger toutes les cinq minutes !!! »

Au moment du premier café, le téléphone nous avait déjà dérangé et un collègue complice nous avait prévenu que le Big Boss venait de débarquer et voulait un point rapide sur les réserves

« Ouaaiiis ?!… Dis-y qu’on arrive ! ».

Une demie bouteille de poire plus tard

« Ben dis-y qu’on est sur le chantier et qu’on arrive ».

Une tournée de plus.

« Quoi ? il y croit pas ? Y dit qu’en deux ans, on a jamais foutu les pieds sur le chantier et que c’est pas maintenant qu’il est finit qu’on a des raisons d’y être ?… Hmmm il a pas tort… Dis y qu’on finit c’qu’on fait et qu’on arrive… »

On n’a pas menti, on a fini la bouteille et on a rappliqué. Comment ? J’m’en souviens qu’à moitié…

« B’jour chef, on savait pas qu’t’étais là… » (imaginez une petite voix guillerette, innocente, voire fleurie…)

« Eh les gars, vous vous foutez d’moi ou quoi, vous étiez où ? » (Là on est plus proche du basson de Pierre et le Loup)

« Ben …

[1] Sur le chantier à vérifier que les réserves étaient bien levées.

[2] Juste au-dessus, au Poste de sécurité, en train de débugger la baie incendie, rapport au bug de l’an 2000,

[3] Au château de l’Ouest avec M. Tsoin-tsoin en train de refaire le monde et on a pas vu le temps passer. »

Je vous laisse rayer les mentions inutiles.

Eh bien non, contrairement à ce que vous pensez, nous sommes restés honnêtes, bourrés, mais honnêtes !

« Bande de connards !!! » Oui, il avait le verbe fleuri et imagé, on a serré les fesses et courbé le dos en vue d’une belle engueulade.

« Bande de connards, vous auriez pu me prévenir, j’serai bien venu avec vous, m’en prendre une moi aussi !!! »

* Voir EPISODE N° 17 : Divagation sur les plaies

** Première Pierre : Autre Fête : Organisée au lancement du chantier. C’est le dernier instant où on s’entend encore bien avec le client, on en profite donc un peu…. En général, on construit un bout de mur en parpaing, juste pour les photos, et dans ce mur il y a un brique creuse, dans laquelle le client, met un parchemin commémoratif, ferme la brique et met du ciment avec une truelle gravée pour l’occasion, qu’il gardera en souvenir de ce merveilleux moment. Le jeu subtil est de l’obliger à mettre un casque avec le logo de l’entreprise, que les journalistes effaceront avec Photoshop avant sa parution dans le Figaro ou le Nivernais Libéré. Dommage pour la publicité gratuite. Alors que, pour un mort sur un chantier, là, tous les logos des grues sont bien visibles !!!

*** Gigot Bitume : Autre fête. L’occasion est de célébrer la fin de l’étanchéité. On appelle ça le « Hors d’Eau ». Pourquoi on fête ça, plutôt que la fin de la pose de la guirlande du 3° sous-sol ? Parce que ! Est-ce que j’en sais quelque chose moi ? En tout cas, c’est l’occasion de manger du gigot cuit dans du Bitume… Ne partez pas !!! C’est spécial, mais très bon… (Un peu comme les plats traditionnels anglais). Le gigot est emballé dans du papier craft et plongé dans un bain de bitume chaud et cuit lentement à l’étouffée. C’est l’étancheur qui est aux fourneaux, c’est l’occasion pour lui de démontrer ses qualités de bon ouvrier. En effet, le gigot n’est bon que si l’emballage est parfaitement étanche, et la cuisson parfaite que s’il sait maîtriser la température de son bain de bitume pendant toute la durée de la cuisson… Tout un art !

**** Drapeau : Autre Fête : Ici, on fête la fin du Gros-Œuvre, ou plus précisément, la fin de la construction du point culminant du bâtiment. Qui correspond souvent à la fin du gros-œuvre, car on construit rarement du haut vers le bas. Quoique !!! A cette occasion, on demande au plus jeune de la bande, de prendre le drapeau de l’entreprise et d’aller le planter tout en haut. On l’aide à redescendre s’il a le vertige et on arrose ça copieusement… Tradition de terre d’accueil, le plat traditionnel associé au drapeau est la « bacalhau a brás », gratin de morue subtilement grasse et aillée. Là aussi, il faut prouver que l’on sait construire lourd et inoubliable…

***** Voir EPISODE N° 10 : Informatique et Liberté

Une réflexion au sujet de « EPISODE N° 18 – On devrait interdire le tennis après le rhum ! »

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