EPISODE N° 12 : Prise Multiple

Dans un des premiers NDPAMM, je vous avais promis des histoires croustillantes.

Rappelez-vous, une Directrice d’école, un café un Samedi matin et…

Ca y est  ? Vous avez reconnecté ? Non ? Allez, je vous autorise à relire l’épisode 3 pour vous remettre dans le bain.

En attendant…

Sur ce chantier, j’avais beaucoup de temps pour glander et fatalement beaucoup de temps aussi pour draguer (Oui quand un homme s’ennuie, il ne pense qu’à une chose ! Remarquez, quand il ne s’ennuie pas il y pense autant, si bien que l’on peut démontrer qu’il ne pense globalement qu’à ça). D’autant que j’étais à nouveau seul, me remettant d’une séparation folklorique avec la femme de ma vie de l’époque. (J’ai quand même une certaine habitude à considérer mes compagnes du moment comme les « femmes de ma vie ». Ce qui serait génial, si c’était réciproque. Et d’ailleurs le fait même qu’elles soient « du moment » devraient m’inciter à un peu plus de prudence sentimentale…) Bon je m’égare, d’ailleurs dans ce domaine, il serait de bon temps que je finisse par me trouver plutôt que de m’égarer !

Ainsi, comme (trop ?) souvent j’étais libre, et en chasse. Et sur les chantiers les proies restent rares. C’est là que j’aurais dû me méfier… Vous en saurez plus tout à l’heure.

Dans tout chantier, aussi modeste soit il, il y a un lot peinture, et de la qualité de ce lot tient souvent l’aspect général du produit fini. Cet adage était surtout celui de mon chef de l’époque, et à l’époque je l’écoutais. Et il mettait un soin particulier à choisir lui-même ce lot, ne laissant à personne le soin de l’influencer. (Et comme il ne pipait rien en technique, il me laissait m’amuser sur tout le reste).

Je le trouvais marrant ce chef là. Une espèce de Gaulois, moustachu, souriant, un Astérix de 1m80, un peu vieux beau mais juste ce qu’il faut. Et il me foutait une paix royale. C’était la zénitude. Je me rappelle d’un matin, accaparé à la lecture, ni de l’Equipe, ni de Pif Gadget, mais de plans, j’aperçois du coin de l’œil sa voiture (une BX grise, toute une époque, allez voir sur le net) se garer près des bungalows et, restant concentré sur mes plans, je tends machinalement la main vers l’homme qui s’avance dans mon dos. Ayant reconnu sa voiture et l’odeur de tabac caractéristique qui le précédait, j’attendais le dernier moment pour lever les yeux, soit,  une fraction de seconde avant que ma main n’atteigne la sienne. Et là, je retire ma main brutalement, du même reflexe que celui de la brûlure en prenant un objet que l’on pensait froid et qui est tout juste sorti du four, (mais si vous savez bien, le plat avec le Poulet grillé acheté au marché, que celui ou celle qui partage votre vie a mis au four sans vous prévenir et l’en a également sorti sans plus vous prévenir, (et il n’y a aucune raison qu’il vous prévienne, de toute façon vous ne servez à rien dans une cuisine, sauf à trainer dans les pattes et à gêner ceux qui bossent pendant que vous jouez)). Pour une fois que vous voulez aider, vous prenez gentiment la plat qui paraît inoffensif… Et là… Aïe ça brûle, mais quel est le con (ou la conne je vous laisse traduire). Je ne développe pas la suite, je pense que vous vous la figurez suffisamment.

Alors pourquoi j’ai parlé de poulet ? Ah oui… Donc je retire précipitamment la main (en fait je ne retrouvais plus le mot précipitamment, il fallait que je gagne un peu de temps dans ma narration pour qu’il me revienne). Donc précipitamment (maintenant que je l’ai retrouvé il faut que l’utilise, on ne va pas gâcher !), je retire ma main, car l’homme qui est en face de moi, n’était pas mon chef. C’était du Canada Dry, il avait la voiture de mon chef, l’odeur de mon chef, sa présence mais ce n’était pas lui ! Etrange non ? Et à bien y regarder (enfin tout ça se passe en un clin d’oeil…) c’était lui, il n’y avait que sa moustache énorme qui avait disparue. Cela le changeait tellement que par reflexe j’avais précipitamment retiré ma main. Un mégot de cigare allumé de trop près avait mis le feu à son attribut capillaire. (je sais, ce n’est pas capillaire pour les poils mais je ne connais pas d’autre termes et j’ai la flemme d’aller ouvrir le dico à pileux).

Tout ça pour vous dire, qu’un jour, peut être ce matin là, allez savoir, et de toute façon on s’en fiche. Il me dit :

«C’est bon, j’ai traité la peinture avec Peinture Plus Bi fluorée »

« Ouais génial, merci de ton aide. » Imaginez mon soulagement de connaître le nom du peintre qu’il avait choisi. Tout comme les chefs de chantiers étaient fiers de nous annoncer le nom de la boîte d’interim avec laquelle ils traitaient. J’aurais dû me méfier, mais je ne veux rien dévoiler trop tôt.

«Est-ce que tu crois que ton peintre peut m’aider à retrouver les 20.000 F qu’il me manque pour boucler mon budget d’électricité ? »

« Ah, Ah mais tu n’y es pas, c’est UNE peintre ! » M’annonce-t-il fièrement.

Pour le coup, vous allez me traiter de misogyne, mais j’ai immédiatement perdu tout espoir d’être aidé dans mes problèmes de budgets électriques.

Et j’ai fini par rencontrer cette peintre. Elle ressemblait à une actrice de second rôle que l’on voyait souvent à la télé à l’époque. Blonde carré, tailleur, un tout petit peu trop maquillée. Belle femme. Si, avec ces maigres indices, vous me retrouvez le nom de cette actrice, je vous serai infiniment reconnaissant. (Indice complémentaire elle (l’actrice, pas la peintre) avait une voix un peu cassée, singulière et caractéristique, et aurait pu joueur dans les Maguy ou 400 coups de Virginie.)

Et donc forcément, ce qui devait arriver arriva… Quoi ? Eh bien elle a signé son marché ? Oui, aussi, mais pas seulement ! Disons que, nos regards se sont croisés et que n’étant pas de marbre et elle étant plutôt peau de léopard que petit bateau, nous avons fini par nous allonger pour lire de plus près les clauses du contrat ou choisir la couleur de la peinture antirouille…

Bref, les réunions de chantier s’en trouvèrent subitement plus passionnantes. J’appris de sa propre bouche, qu’elle vivait « à la cool » avec un autre entrepreneur bien connu de nos services qui, d’ailleurs, avait réalisé le terrassement de ce même chantier, et que c’est à cette occasion que mon chef lui avait été présenté.

Jusque-ici, rien d’exceptionnel me direz vous et je vous l’accorde. Mais restez encore un instant c’est maintenant que les choses commencent enfin !

Un beau jour, à la fin d’une réunion de chantier et après avoir ardemment cherché la meilleure couleur pour la peinture des locaux techniques, elle m’annonce :

« Je pars en week end à Strasbourg où j’ai une maison de famille, c’est bientôt les vendanges, viens avec moi, ils annoncent un soleil radieux ». Comme si la météo allait avoir la moindre influence sur les activités programmées !

« Génial, je ne suis jamais allé à Strasbourg »

Voili, voilou, c’était parti pour la conquête de l’Est au temps des vendanges.

« Je passe te chercher vendredi soir sur le chantier, on prendra ma voiture » Dit-elle, ne me laissant d’autres choix qu’acquiescer. Etant fauché comme les blés, et sans voiture de fonction, j’aurais été bien incapable de lui proposer autre chose et coucher gratuit, c’est le rêve ultime de tous les gars honnêtes… (Enfin, honnête, dans le sens où il est honnête de l’avouer… ce n’est pas le « Honnête » tel que Sainte Thérèse d’Avila pourrait l’entendre. Et ne me demandez pourquoi cette Sainte-là plus qu’une autre).

J’attendis donc, le vendredi soir que ce sosie d’actrice décolorée vienne me chercher.

En arrivant elle me dit :

«On passe chez moi, changer de voiture. »

«Euh, bon, si tu veux »

On arrive près de chez elle, et là je la vois ralentir un peu et hésiter.

« Argh… Zut il est déjà rentré… Pas grave, reste là, je reviens dans 5 minutes, je prends ma décapotable cela sera plus sympa.»

Pas le temps de dire quoi que ce soit, je me retrouve à 100 m de chez elle, attendant comme un con avec mon petit sac. (Le même qui a du inspirer, en son temps, Brassens pour Marinette).

J’attends, et qu’est ce qu’on fait quand on attend ? Je ne sais pas vous mais moi je regarde autour de moi, j’inspecte, je zieute, (on ne sait jamais, un mannequin qui aurait décidé de laver ses baies vitrées en petite tenue, ça serait dommage de louper ça, non ?). Je m’occupe l’esprit quoi !

Et là, pas de petite tenue mais un énorme 4×4, garé devant chez elle. Je reconnais celui de l’entrepreneur précédemment évoqué. Jusque-ici tout va bien,… So far so good… comme disent les anglais. Mais à y regarder de plus près. Non, ce n’était pas le même, un modèle similaire, mais pas le sien, immatriculé dans les bouches du Rhône. Non, définitivement pas le sien, pas grave, finalement. (je vous ai déjà fait le coup de Canada Dry, mais c’était le même effet)

Et puis, un reflet gris attire mon attention. Juste devant le 4×4 innocenté, une BX, Grise, immatriculée 95. Là, par contre, aucun doute possible.

Le «Zut, Il » n’était pas pour son concubin officiel, mais pour mon chef !

Je dois vous avouer que je ne garde pas un souvenir extraordinaire de mon séjour Bas-Rhinois. Et finalement, j’étais bien content qu’il fît beau, que les vignes fussent belles à voir, leurs grappes généreuses et leur jus doux au gosier !!!

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