EPISODE N° 11 : Référé Inventif

Je vous propose de retourner sur les bancs du Lycée. Enfin, de la construction d’un lycée en région parisienne.

Le Lycée Christophe Colomb inauguré le 12 octobre 1992, le jour du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique. Ça ne s’invente pas !

Mais quel rapport avec le référé me direz-vous ?

Christophe Colomb était entouré d’eau, le lycée éponyme est enserré dans un « cadre boisé naturel inspirant la sérénité et favorisant l’épanouissement scolaire » comme le précise l’Architecte dans son volet paysager, et vu par les opposants écolos au projet «on a abattu 2 ha de forêt magnifique pour y couler du béton». Il y avait également une pétition qui circulait contre l’implantation du lycée dans cette espace boisé dont le premier signataire était LE futur proviseur du lycée ! Génial, non ? Personnellement, j’adore.

Ce fameux proviseur était au demeurant fort sympathique. Il nous a invité à voir son logement de fonction (J’ai souvent des touches avec les proviseur(e)s de lycée ou de collège (1)) pour que nous nous en inspirions pour la déco de son nouveau. Et nous avons pu admirer une magnifique collection de moulages phalliques de toute époque et toute provenance. Je ne sais pas pourquoi, mais l’architecte a refusé ce parti prix décoratif.

Après la séance « culture interactive », voici la séance « jeux avec puzzle ». Première pièce : logement de fonction. Le premier lecteur à trouver la réponse gagne … ma considération éternelle.

En fait c’est la deuxième pièce du puzzle, puisque la première est dans le titre avec l’indice « référé(2)… ».

Comme vous l’avez compris, le chantier était accueilli avec une certaine hostilité par les riverains. Et la déforestation n’allait être qu’une mise en bouche car ils ignoraient, en béotiens béats devant TF1 et La 5 (NT1 n’existait pas, je vous remercie de me le faire remarque…), que le sous-sol de leur terrain était en argile verte. Parfait pour la thalasso mais moyen moins pour la construction. Après la longue période de sécheresse qui venait de s’achever, l’argile était sèche (oui argile c’est féminin comme catastrophe et moustache (ne cherchez pas il n’y a aucun rapport ni aucune contrepèterie)). Et le seul moyen de fonder un bâtiment dans ces conditions est d’y forer des pieux. Hmmm, imaginez le tableau pour ces braves riverains innocents, qui avaient payé de leurs économies, voire de leur sang des jolis pavillons en lisière de forêt et n’aspiraient qu’à savourer leur petit déjeuner en admirant d’un œil, les écureuils et de l’autre l’arrivée de l’ami Ricoré.Et on leur réservait, des tronçonneuses, des tarières, des foreuses, avec de bonnes vibrations.

Nicolas le Jardinier me signale à l’instant que l’aspect positif est que, normalement, avec un tel régime sonore et vibratoire les taupes sont éradiquées pour les dix prochaines générations.

Bref, je peux comprendrais leur aversion à nous voir débarquer, mais de là à nous saboter le travail ! (3ème pièce du puzzle, tada!!!). Chaque matin, on retrouvait, ou plutôt, on ne retrouvait pas, les panneaux de sécurité : « port du casque » et « chantier interdit au public », et quelques tags égayaient le béton fraîchement décoffré. Cela avait le don de nous énerver un tantinet et accessoirement on ne comprenait pas par où les casseurs passaient. Avec une patience décroissante on posait de nouveaux panneaux chaque matin, tel Sisyphe et son caillou.

Enfin le temps des référés est arrivé. Chouette !!! On va passer nos journées à aller visiter des pavillons, reçus par des gens hostiles au projet, à admirer leurs fissures actuelles et les prévenir que « ch’est chour cha va faire du brouit… » (je fais bien l’accent portugais non ?) « et de la pouchière ? hmmm um pouco »

Sachant que certains avaient déjà vu leur salon ouvert en deux d’une vingtaine de cm parce que la couche d’argile s’était tassée avec un sacré différentiel, je vous assure que je n’ai eu aucune touche parmi la gente féminine pourtant désœuvrée et sûrement prête à quelques extras mais « non pas avec ces fauteurs de troubles » (Là aucune pièce de puzzle supplémentaire… Pas de femmes dans l’histoire).

Au hasard de ces visites nous entrons dans la chambre d’un ado post pubère (parce qu’ils sont toujours pré-pubère, je ne vois pas pourquoi une fois de temps en temps on ne parlerait pas de post-pubère…). Et là, fièrement accrochés aux murs de sa chambre, une série de trophées arrachés par traîtrise à nos fiers portails de chantier qui ne lui avait rien fait. (Ah ah le puzzle commence à prendre forme).

Que croyiez-vous que nous fissions ? Eh bien sur le moment : rien.

Premièrement parce que sa mère était beaucoup trop belle pour que nous ayons envie de la voir en colère (quoi que des fois en colère certaines femmes sont plus belles) mais deuxièmement parce que, parce que, non en fait juste la première raison suffit.

En sortant de la visite, avec le chef de chantier, nous sommes allé voir le pavillon en question, mais en passant par le chantier, (mais non !!! Pas pour aller mater la mère du monte-en-l’air post pubère) mais pour essayer de comprendre par où il passait. Et tels Sherlock et Watson, (enfin plutôt Laurel et Hardy si l’on se réfère à la taille et non à l’intelligence des protagonistes) nous sommes allés enquêter. En fins limiers nous avons constaté (ça fait plus rapport de Police que trouvé), nous avons subséquemment (là ça fait très Police, mais je ne sais pas ce que ça veut dire) constaté qu’il passait par-dessus le grillage et, prenant appui sur une vieille souche, sautait de notre côté d’environ 2m de haut et se rétablissait dans l’emprise du chantier en atterrissant sur une épaisse couche herbeuse et composées de cryptogames filicinées. (Je vous laisse aller chercher sur Google avec un indice : c’est une plante exemplaire d’espace fractal… (Oh là je sens que j’en lâche quelques-uns)).

Nous avions trouvé l’auteur des crimes, le mobile, et son mode d’action. (Je résume comme dans les vrais polars pour permettre au lecteur de se concentrer et à l’auteur de gagner quelques lignes comme si les romans étaient vendus au poids)

Il ne restait plus qu’à déjouer le gredin et faire cesser Ces intrusions inopportunes.

Tada….

Le puzzle est complet… Il ne me reste qu’à vous dévoiler comment nous avons procédé ou plutôt comment le chef de chantier a procédé

« Laiche… che m’en occoupe… »

Le lundi matin, en arrivant matinalement au chantier, je le vois, tout sourire : « viens voir, tu vas rire » (oui l’accent portugais c’est marrant 5 minutes, mais cela nuit au rythme de la narration).

J’avance, intrigué de voir ce que mon chef avait fait et pourquoi il avait une mine si radieuse.

Il avait creusé une fosse dans la zone de réception de notre voleur en herbe et l’avait remplie de béton. Pour camoufler le piège il avait mis quelques herbes et fougères (Si vous n’êtes pas allé sur Internet vous avez la réponse au Quizz précédent).

Et là, il y avait un énorme trou béant dans lequel le gamin avait dû s’enfoncer d’au moins 50 cm dans le béton frais et ramé pour se dégager du trou. Preuve ultime de l’aveu de sa défaite, il avait inscrit dans le béton un énorme « ENCULES » à la surface du béton.

Point positif : les panneaux de chantier ont nettement gagné en espérance de vie.

Point négatif : nous n’avons jamais réussi à tirer un sourire de notre belle voisine et elle était vraiment très belle en colère.

Et je félicite Géraldine Truchot qui est la première avoir deviné la chute de l’histoire. Bravo Géraldine !

: Voir épisode n° 3 – Un café, un croissant

2 : The Larousse says : « Référé : Une action rapide devant la justice civile peut se faire avec une procédure de référé. Elle permet de demander des mesures provisoires afin de régler des cas urgents. ». L’action rapide en justice c’est trois mois au lieu de six… Alors quand un bâtiment s’effondre, trois cela reste encore un tout petit peu long. Et le législateur, qui n’est pas si con finalement, a décidé de nommer un expert AVANT que les travaux ne commencent. (Belle confiance non ?) Ainsi, en cas de sinistre, l’expert déboule immédiatement, malin non ?Définition à retrouver dans Le petit BTP

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