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EPISODE N°9 : Haut les coeurs !

Les vacances sont l’occasion de ne plus penser au travail.

Avouez que c’est d’une profondeur exceptionnelle et que vous ne regrettez pas d’être abonné à un blog philosophico-comique !!!

Cependant, certaines scènes estivales vous remémorent des scènes professionnelles rares, une mise en abyme ?

Le 15 Août est prétexte à des fêtes bacchanales dans la plupart des stations balnéaires et pour des jeunes de se trémousser sous un déluge de mousse artificielle au son d’une techno insupportablement accompagnée des meuglements d’un DJ testostéroné et sous acide. (Mais où va donc cette pauvr’ France ?)

Cette scène vécue lors de mes dernières vacances me fit penser à une belle histoire arrivée sur un de mes chantiers favoris, en voici la teneur.

Cela se passait en plein passage à l’Euro (c’est mon moyen mnémotechnique pour me rappeler l’année de mes chantiers (cela m’aide pour refaire mon CV (il y en a qui comptent après JC, moi c’est après €, chacun son truc)) reste juste à se rappeler quand on est passé à l’Euro (j’aime bien le côté interactif de mes narrations !)).

En plus le fait du passage à l’euro n’apporte rien à l’histoire mais cela me paraissait important.

Un chantier de rêve, avec une équipe de rêve, un architecte sympa, un client exigeant mais très dispendieux (bref on gagnait de l’argent, on se marrait et le client était super content…. Si, si, ça existe et j’ai des témoins…). C’était mon premier chantier en tant que patron, c’était donc dans une nouvelle vie.

Un hôtel 4 étoiles discret dans Paris, à mi chemin entre le George V et le plazza. Idéalement placé pour déjeuner régulièrement à côté des stars. (Ah oui, en plus les Sous-Traitants étaient aussi sympa (eux aussi ont margé (dans le BTP on appelle ça se faire les « couilles en or ») et nous invitaient régulièrement à déjeuner dans les restos branchouilles de ce quartier qui est aussi à mi chemin entre Europe 1 et RTL c’est vous dire !!!))

Une anecdote parallèle me revient à propos de ce chantier : Nos bungalows étaient en face des bureaux d’Alain Delon et nous le croisions de temps en temps. Peu avant la fin du chantier il a fallu couper l’eau du quartier pour réaliser notre branchement et la compagnie des eaux nous a demandé de distribuer des petits tracts d’avertissement dans les immeubles voisins pour les prévenir de la coupure prochaine. Mon conducteur préféré arrive avec sa pile de papiers dans le hall de notre star nationale pour y remplir les boîtes aux lettres. A ce moment AD sort de l’ascenseur et tout naturellement le conducteur lui tend un papier pour qu’il ait l’info en live. Et là… que fait notre illustrissime représentant de la culture française ? Il prend le papier, et sans même y jeter un coup d’œil, sort un stylo et lui signe un autographe. Véridique !

Enfin, là n’est pas le propos initial. Le chantier se passe idéalement. On enchaine les travaux, le délai est tenu facilement, à tel point qu’à environ un mois de la livraison avec l’heureux possesseur de l’autographe qui était par ailleurs mon bras droit, vers 5 heures le soir on se regarde après avoir vérifié respectivement nos montres, et «  t’as quelque chose à faire là ? », « ben non et toi ? », « Ben… non… », « Bon c’est inquiétant là… c’est pas normal qu’à un mois de la fin on soit en roue libre… on a loupé un truc ou il va nous arriver une bricole… »

Et les jours ont passé, les bouteilles de champagnes aussi. Je me dois de vous expliquer ce petit détail. J’avais organisé des réunions d’agence(1) tous les soirs à 16h00 et comme on était 6 (7 en comptant un stagiaire qui mériterait à lui seul un NDPAMM complet) (et 8 avec notre gestionnaire qui participait surtout pour le fun…) tout le monde était présent sans rechigner. En même temps on faisait ces réunions au champagne, cela contribuait peut être aussi à l’assiduité. Ce champagne nous était fourni par un sous traitant marbre (et je crois qu’il a fait parti des ST devenus les plus riches après ce chantier…) au tarif d’un « dé béton ». La plus value dans son bordereau pour faire des dés bétons habillés de carrelage correspondait au prix d’une bouteille de Ruinart. (Oui, vous comprenez mieux l’assiduité parfaite). Arrivés au solde des comptes on a comptabilisé 144 dés béton sur un an de chantier. Au bout de la négociation avec la financière de cette entreprise qui a bien duré 4 min 30, je m’étonne qu’elle ne me parlât pas de ces dés béton. Dans mon honnêteté légendaire je lui en parle donc, et devant sa mine interrogative, lui explique toute l’histoire. Et là, comme une joueuse de Poker elle soulève le coin d’une feuille, regarde ses chiffres par en dessous, et me dit « bon allez je vous les offre !!! ».

Voilà, maintenant je suis perdu, j’en suis où ? Pourquoi je me suis mis à parler de ces réunions d’agence ? Ca ne me revient pas, … Tant pis.

Bref les jours passent sans encombre. La livraison approche, le personnel arrive pour la prise en main de l’hôtel sur les premières chambres livrées et réalise même le pampillage des lustres pour s’occuper avant l’arrivée des premiers clients. La vie est belle !!!

A ce moment de l’histoire, vous êtes en droit de vous demander quel est le rapport avec la fête du village, et où je vais bien vous emmener. Et moi aussi je dois bien vous l’avouer.

Je résume donc pour ceux qui seraient allé répondre au téléphone ou prendre un café et auraient perdu, eux aussi, le fil de l’histoire.

C’est un super chantier, on est proche de la fin, détendus, voire oisifs, le personnel de l’établissement commence à prendre en main les chambres. Parmi ces personnes, il y a la gouvernante en chef. En termes hôteliers c’est exactement comme adjudant chef en termes militaires. Sacrée personnalité et caractère associé, et, quand elle déboulait dans notre bureau (qui était une suite junior soit dit en passant) nous n’en menions pas large.

D’ailleurs on avait rapidement calculé qu’en général elle débarquait vers 18h pour nous signaler les merdes qu’elle et ses équipes décelaient dans les chambres. Et si vous avez lu attentivement, nous, vers 5 heures on commençait sérieusement à penser à se rentrer, retenus plus par les bulles et le plaisir de discuter que par la quantité de travail. Un soir, allez savoir pourquoi, on ouvre le 3ème dé béton de la soirée et là, on a d’abord entendu des pas dans le couloir suffisamment loin pour que j’ai le temps de dire « Charles, sors un verre de plus, Hildegard arrive (Je ne suis pas certain du prénom mais il était germanique et si vous recherchez l’étymologie d’Hildegard vous comprendrez pourquoi c’est ce prénom qui me revient) ».

Oh, quand elle est rentrée, comment dire ? Même le bouchon de champagne avait envie de retourner se planquer dans le goulot de la bouteille. Elle était furieuse, et elle a hurlé : « Venez vite dans la 102 il y a un énorme problème… » et vu l’état de sa tenue, j’ai pensé qu’un tigre échappé d’un zoo avait pris possession des lieux. N’étant ni dompteur, ni d’un naturel suicidaire, j’ai essayé de négocier pendant environ 3 secondes, et je me suis mis à courir dans les couloirs avec le reste de l’équipe. En fait, pour être plus précis l’équipe c’était Charles et moi parce que le reste de l’équipe était parti au 2ème dé béton ayant le nez plus fin que nous. Donc on court derrière notre teutonne débraillée et on arrive à la 102.

De drôles de bruits parvenaient de la chambre, mais pas ceux d’un animal féroce, plutôt des bruits d’eau.

On arrive dans la chambre… et là on explose de rire.

Une canalisation d’eau avait lâché au plafond de la salle de bain et trois des plus belles femmes de chambre de l’hôtel étaient en train d’essayer de stopper la fuite avec leurs mains perchées sur des tabourets.

Imaginez le tableau ! Ces trois femmes en T-shirt blanc détrempé, les bras levés, inondées et hirsutes ! Vous comprenez notre fou rire… et aussi nos regards concupiscents… rapidement refroidis par le regard de Hildegard je vous rassure.

Ca y est vous comprenez le rapport avec la douche de mousse ?

Je vous confirme : on fait un métier formidable !

  1.  – Réunion d’agence : Les réunions d’agence, sont des réunions regroupant les différents conducteurs de travaux s’occupant des différents corps de métier. L’objectif est de faire un point régulier sur les problèmes des uns et des autres et de tenter de les résoudre collectivement. Dans les faits c’est souvent l’occasion pour le patron de chantier de déverser tout son stress sur ses équipes en les traitants de bon à rien incapables et amorphes, espérant ainsi et contre tout bon sens managériale les motiver et les booster.

Catégories :BTP Métier

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Lyrkhan

Je m’appelle..., et puis quoi encore... (l’anonymat dans certaines situations est vital) et je suis ingénieur dans le BTP.

Depuis 1988 je travaille dans le Bâtiment, formé à l’ESTP (Ecole Spéciale des Travaux Publics) où je me suis plus illustré au Journal interne et aux aventures Théâtrales, qu' en assistant aux passionnants amphithéâtres de RDM*. J’y ai cependant appris à aimer le travail d’équipe et le plaisir de réussir des projets.

J’ai, majoritairement passé ma carrière à rénover des Bâtiments Parisiens et cette passion du « construire ensemble » m’a toujours guidée au cours de mes nombreux chantiers.

Et si je parle de passion, c’est qu’il en faut une certaine dose pour apprécier de faire ce métier chronophage, protéiforme et viril, où l’on s’appelle plus souvent « ma couille » (il faudra vous y faire) que « cher ami », surtout si l'on préfère l’univers de Boris Vian et Pierre Desproges à la lecture assidue du BAEL** ou des DTU***.

Malgré ce décalage, je n’ai jamais perdu cette passion du métier, parce que les aventures humaines sont finalement toujours plus importantes que les calculs aux éléments finis, parce qu’un con debout va toujours plus loin que deux ingénieurs assis (ah je vous avais prévenu) et enfin parce que bien que souvent suspecté d’être un atypique « qui n’aime pas les cases », j’ai apporté ma pierre à ces aventures pour mon grand plaisir et pour la réussite des projets.

Aujourd’hui, je suis passé de suspect qui se cache à coupable qui l’assume, voire le revendique.

L’aventure est dans le partage, alors je vous présente, à travers des témoignages, des observations et des critiques : un rapport d’étonnement de… presque 30 ans.

il était temps que je l’écrive.

(*) RDM : Résistance des Matériaux : Tous les matériaux ne résistent pas de la même manière. Belle évidence non ? Eh bien, il faut croire que cela ne suffit pas, puisque des ingénieurs en ont fait une science qui permet de calculer si un pont tient mieux avec du métal qu'avec des élastiques.

(**) BAEL : Béton armé à l’Etat Limite : Méthode de calcul du béton armé dont je serai totalement incapable de vous préciser le début du commencement du préliminaire et franchement je n’ai pas honte.

(***) DTU : Documents Techniques Unifiés : Titanesque recueil de méthodes de construction qui regroupe tout le savoir-faire du BTP. « La bible » comme disent certains, et comme toute bible, il y a les ultra-conservateur qui s’y réfèrent oblitérant toute tentative d’interprétation aussi mineure soit-elle. Toute relation avec des événements récents est totalement assumée.

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