EPISODE N° 14 : Dress Code

Lorsqu’on intègre une « presque » grande école comme l’ESTP, on est certain que ces études vous porteront vers des sommets de gloire, de succès et de richesse.

«Je m’voyais déjàaaa… »

En attendant……cette future gloire, il fallait bien s’occuper entre deux amphis particulièrement passionnants. Bien sur il y avait Tetris, bien sur il y avait le Balto, bien sûr il y avait les soirées jumelées avec l’école d’infirmières, bien sur, bien sur… mais cela ne suffisait pas… alors nous n’avions des idées de révolution.

Je vous rassure tout de suite, la révolution dont il est question ici n’a rien à voir avec celle de nos aïeux soixante-huitards, si ce n’est la coïncidence géographique (L’ESTP se situait encore Boulevard Saint Germain, haut lieu de barricades érigées lors de ce si beau mois de mai où volaient indifféremment les noms d’oiseaux et les Pavés). Notre soif de révolution s’étancherait humblement en revisitant le séminaire d’intégration. Certes, la portée de cette révolution est aussi importante que l’influence de l’œuvre d’Edgar Faure sur le cinéma de Clara Morgane, mais on a les ambitions qu’on peut.

Tiens, cela me fait penser à une autre mini-révolution à laquelle j’ai participé sur les bancs de cette prestigieuse école, celle du journal… mais ne mélangeons pas tout, je vous la réserve pour une prochaine fois.

Comme tout récit historique qui se respecte, il faut resituer le contexte insoutenable dans lequel nous nous trouvions, contexte qui a mené quelques codétenusllègues à exiger par la force persuasion que les choses changent définitivement. Et je peux bien vous le dévoiler maintenant, même si les journaux de l’époque ont caché la vérité sur cette affaire, nous y sommes parvenus…

Donc, attendez-vous à du terrible, du sanglant, de l’intolérable… vous savez comme dans ces films où, pour réussir, le héros flirte avec l’immoral pour combattre plus immoral que lui, mais « que quand même il abuse vraiment quoi ! »

Prêtes, prêts ?

Alors, j’y vais. A cet instant, dans un bon film noir, le héros reprendrait son souffle, le regard pensif, figé sur un détail du décor qui aura son importance plus tard, allumerait une clope ou se resservirait du whisky suivant l’addiction contractée après avoir vécu des instants insoutenables pour le commun des mortels, et sur un lent travelling arrière, l’action reprendrait…

Cliché, me direz-vous… attendez de lire la suite !

L’action se passe le jour de la rentrée, quelques 500 élèves se présentent devant l’entrée majestueuse de l’ESTP Boulevard Saint Germain (je sais, je l’ai déjà dit, mais comme j’ai remarqué que certains d’entre vous jouaient à Candy Crush, je préfère répéter) pour y vivre leur plus grande aventure scolaire.

Notre convocation précisait : « journée d’intégration ». Connaissant, par les medias ou un grand frère ayant fait HEC, les pratiques sauvages du bizutage et leurs ravages physiques et psychiques sur les plus faibles d’entre nous, une certaine inquiétude régnait. Nous étions regroupés comme les troupes alliées avant le débarquement : jauger les futures victimes, estimer ceux qui seront vos alliés, et lesquels seront les lâches ou les traîtres, parier sur ceux qui survivront. Seul avantage dans notre cas, quelques filles, peu, très peu, trop peu, mais tout de même plus qu’à Omaha Beach le 6 juin 40 !

Le directeur des études ne nous laissa pas le temps de nous poser trop de questions « allez tout le monde me suit pour la visite des campements amphis et retour ici à 11 heures pour prendre le bus direction Cachan !». Arghh, nous allons partir en convoi vers une destination inconnue… l’histoire se réécrit-elle donc toujours ? Mais je résisterai !

Je passe sous silence la visite de ces locaux dont la vétusté n’était q’une mise en bouche avant LA véritable épreuve. Les plus observateurs n’avaient pas pu s’empêcher de noter que les amphis ne faisaient que 100 places pour des classes de 150 élèves… « non il est hors de question que je prenne une douche en arrivant à Cachan ».

Nous partîmes donc 500 et sans aucun renfort nous nous vîmes… toujours 500 (non, mais vous croyez quoi ? Si j’avais assisté à un miracle ça se saurait non ? Ou quelques banlieusards harangués sur le chemin se seraient ralliés à notre cause, juste certes, mais ô combien désespérée… ne rêvez pas nous allions affronter notre destin seuls !)

Certains ont tenté de quitter le car à un feu rouge, mais ils ont été vite stoppés dans leur élan par des chauffeurs certainement complices des autorités scolaires.

Donc nous sommes arrivés ?…

…500 (suivez, faites un effort s’il vous plait !!) dans un campus qui ressemblait fort au décor de stalag 13…. Re-visite, re-question : « mais qu’est ce qu’on fait là ? » et au moment fatidique du déjeuner le directeur des études nous rassemble à nouveau et nous annonce très fièrement : « regroupement dans la baraque principale pour le déjeuner ».

Et là sous nos yeux ébahis de grandes tables rondes avec une cinquantaine « d’anciens » qui allaient partager le repas avec nous et nous raconter leur magnifique carrière et nous donner l’envie de les imiter… hourra… vive l’ESTP !

Nous les avons surtout écouté parler d’eux et de leur, et le dessert à peine servi, nous avons repris le chemin des bus nous replongeant dans nos vies taciturnes après avoir effleuré la vie des stars du BTP.

Alors, elle n’était pas chouette cette journée d’intégration ? A présent, vous comprenez notre soif de changement et de révolte. Certes nos craintes de bizutage étaient infondées, mais tout de même on sentait bien qu’il y avait mieux à faire…

Il fallait proposer un vrai séminaire d’intégration, un truc plus convivial, qui marquerait les promos et associerait, certes des anciens, mais aussi les 2ème et 3ème année, les associations, quelques profs et des femmes… on a eu gain de cause (sauf pour les femmes évidemment) avec un seul interdit : PAS DE BIZUTAGE !!!

Vous connaissez mon goût pour l’obéissance, je la partageais avec quelques uns de mes collègues, donc pas de bizutage… Ben on fait quoi alors ?

Voilà le programme :

  • Voyage en Bretagne tout un week-end,
  • Présentation des profs et des associations,
  • Spectacle de la troupe de l’école,
  • Diner avec les anciens (pas trop tard) et

le lendemain,

  • Photo de groupe,
  • Jeu de piste et d’orientation sur la plage,
  • Remise des trophées et retour.

Plus sympa non ? Et comment on a désobéi ? Eh bien, il y avait une camionnette pour les organisateurs qui faisait la navette entre le centre d’hébergement et la plage (3 km) et des fois… par mégarde… sans aucune volonté de nuire… la camionnette « enlevait » un gars et le laissait à quelque distance, histoire qu’il apprenne vraiment comment on s’orientait.

Et puis on avait des mégaphones ! De jour, ils servaient à donner des informations à nos 500 invités. De nuit… normalement on les coupe… là on s’est relayé pour passer dans toutes les chambres… pour donner des informations en boucle (Merci France Info pour l’idée). Quelles infos ? Très importantes évidemment : « il va pleuvoir demain », « le petit déj est servi à 8h », « demain on va courir », « il vous reste 3 heures de sommeil, magnez vous de dormir… ». Rien de répréhensible, n’est ce pas ?!

Au petit matin nos 500 recrues sont arrivées un tantinet… remontées mais trop fatiguées pour nous en vouloir. On regroupe, on compte, on re-compte, zut… il en manque un ! « Merde, il y en a un qui n’a pas retrouvé le chemin depuis la plage depuis hier soir ! » « Mais non ils étaient tous là au dîner » Alors, ben il y en a un qui doit être resté dormir :

« COOMMANNDOO camionnette … allez me chercher ce gus »

« oui chef ! »

Et là, quelle ne fut pas notre surprise : notre énergumène ne dormait pas, bien au contraire, il était frais et dispo sur le seuil de sa chambre en train de… Essayez de deviner, tiens !

…de cirer ses chaussures… SI !!!

« Benquesstufous ? » (La nuit avait été longue pour nous aussi)

« Ca se voit non ? Je cire mes chaussures »

« Ben oui, on voit, mais là il y a course d’orientation sur la plage, le Dress code c’est ‘tenue sportive’ pas ‘costume et mocassins vernis’ »

« Bien sûr les gars, mais laissez moi vous dire que vous vous trompez »

« Eh dis donc, c’est toi ou c’est nous les organisateurs ?? »

« Certes, vous organisez, mais sur ce point, vous faîtes erreur »

« Ah ouais gros malin, tu comptes faire de la course en mocassins ? »

« Ah non, j’ai des baskets pour cette activité, mais avant… il y a la photo de groupe non ?! »

« Rogntudju… il avait raison ce con prétentieux »

J’ai un peu honte de l’avouer, mais il a été embarqué dans la camionnette et n’aura été ni sur la photo ni au départ de la course !

Règle numéro 1 : le chef a toujours raison

Règle numéro 2 : quand il a tort se référer à la règle numéro 1 !

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