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EPISODE N° 52 – Oupsss

52 ?

Vous avez dit 52 ?

Comme le temps passe vite. Je sais pas de votre côté, mais moi je me suis régalé à écrire toutes ces âneries.

C’était un vrai bonheur de replonger dans ces anecdotes et de vous les restituer plus ou moins fidèlement, avec une bonne dose de mauvaise foi et une totale sincérité. (Oh oui, ça va ! On peut être sincèrement de mauvaise foi !)

Pourquoi 52, déclenche-t-il cet accès d’introspection ?

Parce que 52 semaines (à peu près) que je poste des épisodes, constituent (bon an mal an), une année. (Ok, 2015 avait 53 semaines, comme si elle n’avait pas été assez pénible pour qu’on en rajoute une dose ?). Et que un an de bons et loyaux services ça se fête !

Et pour ce qui est des fêtes dans le BTP, croyez-moi, (maintenant que j’ai semé le doute sur ma bonne foi, je vais être obligé d’en faire des tonnes pour vous convaincre), on sait de quoi on parle ! Les occasions de fêter un évènement sont nombreuses et variées, et (si vous êtes sages) je vous en raconterai quelques mémorables plus tard.

Avant, on pourrait se poser la question du pourquoi ? Pourquoi est-ce aussi important, de faire des fêtes pour un peu tout et n’importe quoi ?

Moi j’ai une théorie, qui vaut ce qu’elle vaut, mais bon je vous la livre, vous me direz ce que vous en pensez.

Le BTP c’est 1% de technique et 99% de relations humaines.

La technique, ça fait à peu près sept mille ans qu’on a compris comment (ou plutôt qu’on n’a pas compris dans le cas des pyramides) comment on faisait tenir debout quatre murs et un toit suffisamment solides pour y abriter un lit, un coffre-fort ou un autel (le sexe, l’argent et la religion ayant toujours été les moteurs principaux de la société et donc de ceux qui la bâtissent).

Malgré quelques évolutions technologiques ayant permis des prouesses évidentes que nos aïeux n’auraient pas imaginées (Au moins, ils nous auraient épargné quelques horreurs architecturales (non je n’en citerai aucune, j’ai pas envie de ma fâcher), on peut considérer que l’on construit de la même manière depuis la nuit des temps. Donc en note technique je mets 1%. C’est mon droit non ?!

Après ce ne sont que des relations entre ingénieurs et ouvriers, architectes et économistes, conducteurs de travaux et bureaux de contrôle. C’est un vaste jeu de gagne terrain, où celui qui pisse le plus loin a une petite chance de gagner (sauf s’il y en a un qui a l’idée saugrenue de pisser face au vent). Après, on s’étonnera que le BTP n’intéresse que modérément les femmes. (Sauf si l’on arrive à considérer que l’on peut aussi gagner sans avoir à montrer ses biceps, mais en étant plus malin et fin que les autres (c’est peut-être d’ailleurs pour ça que les hommes ne laissent pas trop de places aux femmes…))

Et puis même, quand vous avez un type qui vient avec des intentions technologiques supérieures, je peux vous dire qu’il se les prend en pleine gueule les 99% de testostérone qui vont lui expliquer illico, que « c’est pas comme ça qu’on fait » et « qu’on va s’le prendre sur la gueule son truc » et « qu’c’est pas un gringalet qui va nous apprendre » et « qu’ça fait trente ans qu’on fait comme ça, qu’y va rien nous apprendre », etc… (vous en avez assez d’exemple ? ou je continue ?). « Et si ça fait trente ans que vous faites les mêmes conneries, moi j’y peux rien… (Oupss, pardon, ça m’a échappé, non, non, pitié frappez pas (c’est pour ça que les cols blancs mettent des casques, croyez pas que ce soit pour éviter les chutes de parpaing…)) »

Cependant, la maîtrise technologique actuelle est issue d’un lent processus de maturation empirique qui fait que ce que nous prenons pour facile aujourd’hui pouvait apparaître comme un miracle il y a quelques siècles.

C’est quoi la maturation empirique ? C’est quand un illuminé pense qu’en mettant une pierre pratiquement dans le vide au milieu d’autres qui tiennent à peine mieux et que « Hop, j’enlève les mains et ça tient tout seul» (Allez celle-là je lui donne 5%). Quand il convainc quelques pauvres ouvriers innocents de tenter le coup, pour vérifier si ça marche. Que le premier coup ça foire et que les mecs se font écraser sous trois tonnes de pierres. Que le gars se dit, bon ben c’est pas grave, il suffit de tailler celle-là (de pierre) un peu plus en biseau, les autres on les arrange comme ça, et voilà, c’coup si ça va marcher ! « Qui, qui veut essayer ? ». Et après quelques itérations, nécessitant des sacrifices de plus en plus réduits, on finit par maîtriser le process et dès qu’y en a un qu’à une bonne idée tout le monde copie et on retrouve des clés de voutes dans toute bonne église digne de ce nom.

Evidemment dans ces conditions, il me paraît normal que quelques années plus tard, quand les gars finissent de construire leur clé de voute sans y laisser leur peau (et probablement toujours sans vraiment comprendre comment ça marche (je vous rassure moi non plus, vous n’avez qu’à lire l’épisode N°1 la genèse pour vous en convaincre)), ils aient envie de fêter l’évènement dignement. D’autant plus, que si la technologie sur le papier est maîtrisée, soyez certains que si elle se vérifie sur site (c’est-à-dire que ça ne se casse pas la gueule), c’est uniquement grâce au savoir-faire des ouvriers qui la mette en œuvre.

Et c’est ainsi, que de proche en proche, de traditions en traditions, de corps de métier en corps de métier, les célébrations ont traversé le temps pour nous parvenir quasiment intactes.

Allez, je vous sens trépigner d’impatience, voici donc quelques exemples de petites fêtes illustrées.

Avant de faire des fêtes pour des fins de trucs, on en fait pour les débuts de trucs aussi, histoire de s’entraîner un peu (ou de pas perdre la main entre deux chantier, c’est à voir).

Commençons donc par la « première pierre ». Si mes sources sont exactes, les premières premières pierres étaient destinées aux édifices religieux. Un parchemin contenant une inscription sacrée était noyé dans les fondations de l’édifice, augurant de la solidité de l’ouvrage par des voies divines (quand je vous dis qu’on n’était pas trop sûr sûr de comment ça tient). Maintenant, on a remplacé les prêtres par des élus comme on construit plus souvent des centres scolaires que des églises.

C’est l’occasion pour des élus de venir mettre un morceau de papier dans un tube, lui-même inséré dans une brique creuse (le papier, pas l’élu !!!), elle-même posée dans un mur. La première fois que j’ai eu l’occasion d’assister à cette cérémonie, je me suis dit, c’est sympa, comme ça quand des archéologues viendront dans quelques millénaires fouiller les lieux, ils trouveront ce cylindre qui aura traversé l’histoire pour délivrer un message de paix à l’humanité. Et… j’ai été quelque peu déçu.

Tu parles, le mur en question est construit suffisamment loin du chantier et suffisamment près du parking pour que l’élu et son cortège n’aient pas à se salir les Berluti. L’idée étant également qu’il y ait assez de place pour que les photographes immortalisent cet instant solennel. L’élu vantera les mérites de sa gouvernance éclairée, dont le dynamisme aura permis de débloquer les budgets nécessaires à la création de la toute nouvelle école primaire Paul Eluard, ou Simone Veil suivant les tendances politiques du moment. Pendant ce temps, les entreprises essaient coûte que coûte de placer judicieusement leur logo pour être dans le champ et apparaître gratuitement à la une de la Gazette de Troupignon-Lès-Essarts. Heureusement que le journaliste incorruptible veille à son indépendance et hop un p’tit coup de Photoshop et exit les logos sur les casques, les truelles, les briques et les drapeaux… A la fin, on offre la truelle « en or » à l’élu, qui la range précieusement à côté de ses 252 autres truelles et certificats de bon étancheur glanés tout au long de sa carrière.

Et hop, transition sur une deuxième fiesta : le gigot bitume… Hmmm, le gigot bitume. C’est, comme son nom l’indique, du gigot cuit dans du bitume (et quand je pense que vous vous êtes peut-être levés super tôt pour lire de pareils lapalissades). Dit comme ça, je comprends, cela ne fait pas rêver. C’est une tradition d’étancheur, tout l’art est dans la capacité de parfaitement emballer le susdit gigot dans un complexe de papier alu et papier kraft, le tout bien ficelé et plongé dans un bain de bitume liquide. (Et le bitume fond à… Allez, bande de gros malins, j’écoute… Ben moi non plus j’en sais rien, alors si y en a un qui veut compléter, je prends). En tout cas, il est cuit à l’étouffé pendant de longues heures (c’est donc que ça doit pas être si chaud), et après on déballe, et évidemment, si l’étancheur a mal fait son taf, ben c’est dégueu, sinon c’est super bon (surtout avec un vinho verde pas piqué des hannetons). Et, à la fin,  on remet au client un certificat de bon étancheur, qui ira s’aligner avec ses truelles.

Il y a en a une qui me tient particulièrement à cœur, c’est le drapeau (ou le bouquet final dans certains pays). C’est la fin du gros œuvre, tout le monde est content parce que l’on a construit un truc qui tient debout et on veut que tout le monde le sache. Donc on va aller mettre un drapeau tout en haut du point le plus haut. Et c’est qui qu’on envoie ? Ben le plus jeune (qui est souvent le plus léger et aussi stagiaire, on sait jamais, s’il se casse la gueule c’est moins grave). Et comme j’ai été stagiaire ET sujet au vertige, vous comprenez sans trop d’explications pourquoi je m’en souviens si bien. Donc on plante (ou fait planter) le drapeau, on applaudit et on fait un banquet à la manière des fins d’album d’Astérix, en remplaçant le barde ligoté à l’arbre par le pauv’ stagiaire qui n’a jamais réussi à redescendre tant il se cramponnait au drapeau !!!

On m’en a raconté une sympa aussi, que je n’ai jamais vécue, c’est celle de la fin des réseaux de chauffage. Pour bien s’assurer que l’air chaud passe bien dans toutes les pièces, on met un hareng saur, le vendredi soir avant de partir, dans les tuyaux. Et le lundi matin, si les réseaux ont bien été réalisés, ben ça pue tout partout le hareng qui aura macéré quelques longues heures dans un flux d’air à 40° C ! Je comprends pas pourquoi elle a été abandonnée celle-là tiens ?!

A la fin, on fait l’inauguration. C’est la première pierre mais à l’envers. Mais non on ne déconstruit rien, on remplace la brique creuse et le parchemin par des rubans tricolores et des ciseaux, on garde les élus (enfin le plus souvent) et le jeu du « où pourrais-je cacher mon logo pour que le journaliste le voit pas !!! ». On coupe le ruban, on se serre la main et on va se faire un bon gueuleton avec clients, compagnons, architecte et tout le toutim (et normalement le stagiaire qui aura fini par être décroché par les pompiers).

Et voilà c’est fini.

Le chantier est fini, les festivités également et…

…je profite de cet « anniversaire » pour tirer ma révérence et faire une petite pause dans les NDPAMM.

D’où l’introspection initiale.

Catégories :BTP Métier

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Lyrkhan

Je m’appelle..., et puis quoi encore... (l’anonymat dans certaines situations est vital) et je suis ingénieur dans le BTP.

Depuis 1988 je travaille dans le Bâtiment, formé à l’ESTP (Ecole Spéciale des Travaux Publics) où je me suis plus illustré au Journal interne et aux aventures Théâtrales, qu' en assistant aux passionnants amphithéâtres de RDM*. J’y ai cependant appris à aimer le travail d’équipe et le plaisir de réussir des projets.

J’ai, majoritairement passé ma carrière à rénover des Bâtiments Parisiens et cette passion du « construire ensemble » m’a toujours guidée au cours de mes nombreux chantiers.

Et si je parle de passion, c’est qu’il en faut une certaine dose pour apprécier de faire ce métier chronophage, protéiforme et viril, où l’on s’appelle plus souvent « ma couille » (il faudra vous y faire) que « cher ami », surtout si l'on préfère l’univers de Boris Vian et Pierre Desproges à la lecture assidue du BAEL** ou des DTU***.

Malgré ce décalage, je n’ai jamais perdu cette passion du métier, parce que les aventures humaines sont finalement toujours plus importantes que les calculs aux éléments finis, parce qu’un con debout va toujours plus loin que deux ingénieurs assis (ah je vous avais prévenu) et enfin parce que bien que souvent suspecté d’être un atypique « qui n’aime pas les cases », j’ai apporté ma pierre à ces aventures pour mon grand plaisir et pour la réussite des projets.

Aujourd’hui, je suis passé de suspect qui se cache à coupable qui l’assume, voire le revendique.

L’aventure est dans le partage, alors je vous présente, à travers des témoignages, des observations et des critiques : un rapport d’étonnement de… presque 30 ans.

il était temps que je l’écrive.

(*) RDM : Résistance des Matériaux : Tous les matériaux ne résistent pas de la même manière. Belle évidence non ? Eh bien, il faut croire que cela ne suffit pas, puisque des ingénieurs en ont fait une science qui permet de calculer si un pont tient mieux avec du métal qu'avec des élastiques.

(**) BAEL : Béton armé à l’Etat Limite : Méthode de calcul du béton armé dont je serai totalement incapable de vous préciser le début du commencement du préliminaire et franchement je n’ai pas honte.

(***) DTU : Documents Techniques Unifiés : Titanesque recueil de méthodes de construction qui regroupe tout le savoir-faire du BTP. « La bible » comme disent certains, et comme toute bible, il y a les ultra-conservateur qui s’y réfèrent oblitérant toute tentative d’interprétation aussi mineure soit-elle. Toute relation avec des événements récents est totalement assumée.

1 réponse

  1. Ohhhh ben non ….. On en veux encore , des qui donnent le sourire, des qui font franchement éclater de rire et des tous pleins qui nous apprennent plein de trucs sympas sur le monde du BTP ! Alors introspection …. introspection …. j’espère qu’elle durera pas trop longtemps cette introspection 🙂 Longue vie à NDPAMM

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